Retour d'un lecteur...et acteur
d'Académie du 47 suite à votre lettre ouverte publiée sur le site:
"Quelle école pour demain ?" Elle est largement inspirée de celle de :"
Jean Muller Lettre ouverte à l'IA qui a sanctionné Sébastien Cazal."
Monflanquin, jolie petite ville perchée, dans laquelle six enseignants seulement pour tout un département, ont su prendre de la hauteur face à la mise en pièce de leur métier. Ils offrent ainsi une si belle cible que vous n'allez pas hésiter un seul instant, madame, à les ajuster dansvotre ligne de mire.... la ligne officielle, peut-être pas celle de vos convictions, si toutefois vous vous autoriser à en avoir, depuis votre position, qui pour élevée qu'elle soit restera toujours inférieure à celle des "6 de Monflanquin".
Voilà ce qui va motiver votre acte répressif :
« Un fonctionnaire obéit aux instructions de la République, il n'y a même pas à discuter. C'est même ce qui fait l'honneur des fonctionnaires de l'État. » Vous estimez sûrement que "les 6 de Monflanquin portent une ombre terrible à l'honneur professionnel de tous les enseignants de ce département qui font leur travail avec une conscience professionnelle absolue ». Vous vous excusez peut-être même "d'être sur ce point extrêmement ferme parce que c'est intolérable".
Vous vous faites alors une bien piètre conception de l'honneur d'un fonctionnaire en pensant qu'il consiste seulement à obéir sans discuter aux décisions prises par l'État. Un fonctionnaire est un être responsable avant d'être un sujet obéissant. Et un être responsable obéit aux exigences de sa conscience avant de se soumettre aux injonctions de l'État.
Madame l'inspectrice, vous vous faites une bien piètre idée de la démocratie en voulant caporaliser tous les enseignants qui travaillent sous votre responsabilité. N'auriez-vous jamais entendu parler de l'obligation même pour les baïonnettes d'être intelligentes ?
Vous alléguerez probablement qu'en France nous sommes en démocratie et que, de ce fait, les décisions prises par la majorité valent pour tous.
Mais, précisément, l'histoire l'a amplement montré, la démocratie est beaucoup plus menacée par l'obéissance passive des citoyens que par leur désobéissance. Les enseignants désobéisseurs ne sont pas desdélinquants, ils sont des dissidents.
Et la grandeur de la démocratie, c'est de ne pas traiter des dissidents comme des délinquants. La grandeur de la démocratie, c'est de ne pas criminaliser la dissidence, mais de la reconnaître comme l'expression de la liberté de citoyens qui entendent exercer pleinement leur responsabilité de citoyens. La grandeur de la démocratie, c'est de reconnaître le droit à un civisme de dissentiment.
Á l'évidence, les enseignants désobéisseurs n'ont pas agi pour défendre leurs intérêts personnels, ni aucun autre intérêt particulier. S'ils ont pris les risques de la désobéissance civile, c'est manifestement pour défendre l'intérêt général, plus précisément l'intérêt des élèves dont ils ont la charge. Comment peut-il se faire que vous n'ayez pas compris que les enseignants qui s'insoumettent le font par conscience professionnelle ? Et que c'est précisément tout à leur honneur. Pourquoi donc n'avez-vous pas tenté de comprendre les raisons profondes de leur insoumission ?
N'est-ce point l'une des responsabilités de votre fonction d'être à l'écoute des enseignants ? Pourquoi ne savez-vous envisager que de sanctions quand il faudrait faire preuve d'attention ?
Un professeur des écoles séduit par le bourg de Monflanquin un jour de juillet 2000