Courrier à l'IEN de Marmande... Un instit ça compte ???

Publié le

Deborah DESSAUX
Professeur des Ecoles Adjointe
Ecole primaire publique
47200 LEVIGNAC-DE-GUYENNE

                                                                    
                                                                   
                                                                    Inspection Départementale
                                                                    78, rue de la libération     
                                                                    BP 306
                                                                     
                                                                    47 207 MARMANDE

                                                                                        

                                                                   Lévignac de Guyenne, le 6/3/2009


                                            

                                  Monsieur l'Inspecteur,


      Professeur des écoles nouvellement installée dans le Lot-et-Garonne, je vous écris cette lettre pour exprimer mon désarroi face aux mutations profondes qui sont en train de modifier radicalement le visage de l'éducation en France et notre fonction, le désarroi d'une simple enseignante qui ne demande qu'à faire son métier, sereinement.
      Je mesure combien la tâche qui vous incombe est difficile et complexe. Je réalise aussi combien la question de l'éducation dans une société est un sujet profond qui touche des domaines divers et variés tels que l'économie, mais la manière dont une société gère celle-ci est révélatrice des valeurs auxquelles nous tenons tous intimement, j'entends par là des valeurs humanistes ou non. Outre les réformes rapides et sans concertations avec les enseignants (suppression des trois heures le samedi matin, abandon de milliers de postes au niveau national, menaces sur les RASED, etc.) et dont vous connaissez très probablement les réactions d'exaspérations de la part de nombreux collègues, je voulais vous faire part d'une inquiétude par rapport à une demande que vous nous avez faite cette année : celle de remplir un tableau récapitulatif des heures effectuées au service de l'école.
      Il me semble que cette démarche modifie complètement la conception que j'avais de mon métier, celle d'une mission qui consistait à faire progresser les enfants, à les éduquer, les élever en lien étroit avec les parents, une responsabilité où le temps passé à la réaliser n'était pas compté. Or ce tableau que vous nous avez demandé révèle une conception toute différente, une idée comptable de notre fonction. J'en viens à penser que peut-être un jour nous aurons, comme des millions d'entreprises un système de pointage en arrivant à l'école et en y partant. Comme si notre mission ne pouvait se résumer qu'à la quantité de temps que nous y passons. Cette pensée m'effraie et j'ose à penser que vous nous avez réclamé cette grille sans vraiment en saisir la portée, parce que, certainement, vous savez, que notre tâche en tant qu'enseignant ne peut se résumer aussi facilement.
      Malgré tout, consciencieusement, j'ai fait le relevé de mes heures passées pour le bon fonctionnement de l'école (en vrac : les conseils d'école, les conseils des maîtres, les conseils de cycle, les stages de formation, la conception de projets, la réalisation des PPRE, les rencontres avec les parents, les réunions avec les équipes éducatives pour les enfants en difficultés, les assemblées organisées par l'association des parents d'élèves, les rendez-vous pour les activités périscolaires, ,... et j'en oublie je pense, mais vous pourrez vous reporter au tableau que mon aimable directrice vous a envoyé lors d'un précèdent courrier). Je ne vais pas détailler complètement le bilan auquel je suis arrivée, au risque de devenir rébarbative, mais voilà :
      Il s'avère que fin décembre, j'avais déjà atteint un nombre d'heures environnant les 45 heures sur les 108 heures que nous devons effectuer avant la fin de l'année (Aides personnalisées + réunions et formations diverses). Je viens de faire le compte des heures passées pendant la période de janvier-février et m'aperçois que l'on peut y rajouter 26 heures, ce qui fait un total de 71 heures.

      Théoriquement, je n'aurais donc plus qu'à devoir à l'Education Nationale 37 heures pour la période allant de mars à juin et s'étalant sur 15 semaines. Cependant, si je n'effectue que les heures d'aide personnalisée (soit 30 heures), les conseils d'écoles (il nous en reste 2 à faire, soit environ 4 heures) et les conseils des maîtres (nous en avons prévus encore 4, soit environ 6 heures), il est évident que je dépasserai le quota demandé.
      En conséquence, je me demande quelle attitude il faudra que j'adopte : devrai-je cesser toutes les activités que j'ai énumérées plus haut, au prétexte que mon nombre d'heures est atteint? Ou bien devrai-je souscrire à l'adage cher à notre président : "Travailler plus, pour gagner plus" et demander en conséquence le paiement des heures supplémentaires effectuées?
      Ainsi, avant que cette question ne devienne un dilemme impérieux, je vous soumets ma réflexion et j'ose espérer que vous vous interrogerez personnellement sur les évolutions qui affectent notre fonction d'enseignant et que vous ferez part de cette démarche à votre hiérarchie.
      Vous remerciant pour l'attention que vous avez accordée à ma lettre, je vous prie, d'agréer, Monsieur l'Inspecteur, l'expression de mes respectueuses salutations.


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G
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